Commémoration du 8 mai au Lycée Pasteur [pt]

La France a célébré le 74e anniversaire de la Victoire du 8 mai 1945.

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Le Consul général Brieuc Pont a organisé les commémorations du 8 mai au Lycée Pasteur cette année, afin de rendre hommage aux hommes tombés pour la France lors d’une cérémonie émouvante en présence de la communauté française, de la Police Militaire de l’Etat de São Paulo, de l’Association des anciens combattants et d’autorités et représentants consulaires de São Paulo.

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(Photos : Bruno de Bonneval)

Voici le discours du Consul général Brieuc Pont à l’occasion :

Messieurs les Conseillers consulaires
Madame l’Ambassadeur,
Mesdames et Messieurs les Consuls généraux,
Monsieur l’Ambassadeur, conseiller spécial du Gouverneur de l’Etat de São Paulo, 
Monsieur le Major Wagner, représentant le commandant général de la police militaire de l’Etat de São Paulo,
Messieurs les représentants des associations d’anciens combattants,
Monsieur le Proviseur – je salue à travers vous les
agents, enseignants et élèves du Lycée Pasteur,
Mesdames et Messieurs,

Nous sommes réunis aujourd’hui en ce 8 mai 2019, afin de commémorer la fin du conflit le plus meurtrier que l’Europe ait jamais connu. Nous honorons ainsi la mémoire de tous les acteurs qui ont agi pour la paix, souvent au prix du sacrifice ultime, et grâce à qui l’Europe et la France ont pu renaître de leurs cendres.

Il y a 74 ans jour pour jour, les représentants allemands, soviétiques, américains, français et britanniques ce sont réunis à Berlin, afin de mettre fin à la Seconde Guerre mondiale en Europe. Ce conflit qui est à l’origine de la mort de 56 millions d’individus en Europe, dont 38 millions de civils, représente une cicatrice profonde dans l’histoire de l’humanité. Car au-delà de son ampleur, ces années funestes resteront à jamais marquées par l’organisation méthodique de l’extermination de 6 millions de juifs, d’handicapés, d’homosexuels, de tsiganes et de slaves. L’idéologie mortifère du nazisme, à l’origine de ce drame innommable ne peut pas être oubliée, et encore moins être pardonnée.

Ainsi, la célébration de l’armistice du 8 mai 1945 n’est pas seulement l’affaire des anciens combattants et des descendants des victimes. Elle est fondamentalement l’affaire de tous à travers le monde. Ce que nous célébrons aujourd’hui représente la naissance d’un nouvel espoir après avoir connu l’un des chapitres les plus sombres de notre histoire. Nous célébrons aujourd’hui la victoire du peuple allié de la liberté contre l’oppression, de la démocratie contre le totalitarisme et de l’humanité contre la barbarie. C’est afin de défendre l’idéal d’un monde libre et pacifié que le Brésil demeure le seul pays d’Amérique latine à avoir traversé l’Atlantique afin d’apporter son soutien militaire aux troupes Alliées. Ce geste fort, la France ne l’oublie pas. Ainsi, je souhaiterais rendre hommage aux 25 445 soldats brésiliens, les pracinhas du corps expéditionnaire envoyé en Italie en 1944, lequel fût bien trop souvent oublié malgré son rôle important dans la formation de l’une des divisions de la Ve armée américaine. Je saisis l’occasion pour remercier la police militaire de l’Etat de São Paulo, présente ici même avec son orchestre, dont l’histoire est liée à la France et qui a œuvré au sein de la FEB à la libération. Nous n’oublions pas non plus l’héroïsme de français du Brésil comme Pierre Clostermann, as des as des forces aériennes françaises libres, natif de Curitiba. Nous n’oublions l’héroïsme de brésiliens comme Apolônio de Carvalho, l’homme aux trois patrie, qui termina sa guerre contre le fascisme, commencée en 1936 dans les brigades internationales en libérant Toulouse, Albi et Carmaux en colonel FTP dans la résistance. N’oublions pas non plus les innombrables résistants allemands, trop souvent ignorés, qui sacrifièrent leur vie pour notre liberté, comme Sophie Scholl et ceux de la Rose Blanche, ceux de l’Orchestre Rouge, les hommes et femmes de foi et de conviction. Ils ont, cher Axel Zeidler, sauvé l’honneur, de l’Allemagne. Tout en reconnaissant que des Français ont commis le crime de collaboration, il faut aussi rappeler que ces résistants allemands étaient des nôtres. Ils sont eux aussi des combattants du monde libre.

Au lendemain de la guerre dont nous célébrons la fin, un monde nouveau est né, en s’efforçant de tirer les leçons du passé, marqué par l’envie de ne plus jamais reproduire ses erreurs. Il faut rappeler la responsabilité des pays vainqueurs de la Première Guerre mondiale dans l’éclatement du second conflit mondial. « Nous presserons le citron jusqu’à ce que les pépins craquent », déclare un parlementaire britannique. « Les boches paieront » renchérit-on en France … La volonté absolue d’écraser les perdants, la construction sur des bases inégales de la Société des Nations sont autant d’éléments qui n’ont pas permis aux pays belligérants de reconstruire une relation saine et durable. En souhaitant absolument gagner la guerre, nous avons fini par perdre la paix.

Du traumatisme de la 2 ème guerre mondiale, de grands hommes d’Etat ont eu le courage de tirer des leçons, en tournant résolument le dos au bellicisme et en embrassant la cause de la réconciliation. De Gaulle, Adenauer, Monet, Schuman, Spaak, Churchill, Spinelli notamment ont contribué à l’avènement d’une Europe débarrassée des chimères du nationalisme. Leur legs, alors que s’amoncellent les nuages noirs du séparatisme et du populisme, est aujourd’hui menacé.

Partout dans le monde, l’unilatéralisme, le nationalisme et le fascisme gagnent du terrain. Le combat pour la liberté qu’ont entreprit nos prédécesseurs est loin d’être terminé, car il est sans fin. Il nous impose une vigilance permanente. Il nous appartient à tous, et notamment aux générations futures que vous représentez, de le mener en s’inspirant du courage des combattants qui ont donné leurs vies afin de défendre notre liberté.

C’est, pour nous, autant de raisons de regarder avec attention le passé, afin d’en tirer les leçons, d’honorer la mémoire des victimes des conflits qui l’ensanglantèrent et de rester attentif afin que plus jamais l’histoire ne puisse se reproduire.

Au-delà des discours et des hommages, c’est bien là, notre premier devoir vis-à-vis de celles et ceux à qui nous devons aujourd’hui notre liberté.

Je vous remercie.

publié le 15/05/2019

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