Remise de la Médaille nationale de reconnaissance aux victimes du terrorisme à Mme Camila Gonçalves Issa - Discours du Consul général de France (São Paulo, 13 novembre 2019) [pt]

Remise de la Médaille nationale de reconnaissance aux victimes du terrorisme à Mme Camila Gonçalves Issa
Discours du consul général de France
São Paulo, 13 novembre 2019

Messieurs les Conseillers consulaires,
Monsieur le Proviseur,
Mesdames et Messieurs,
Chers amis,
Mais surtout Chère Camila Issa,

Nous sommes réunis ce soir pour un événement particulier. Habituellement les remises de décoration sont un moment festif où, autour d’un verre de champagne, l’on vient féliciter le récipiendaire dans une euphorie partagée.
Ce soir, pourtant, nous savons bien, Chère Camila Mendes Issa, que vous auriez préféré ne jamais avoir à recevoir cette médaille.

Je me souviens de notre première rencontre en 2016, à l’Alliance française de l’avenue Faria Lima, à deux pas d’ici. Je vous avais assuré que la France n’oublierait pas la cruelle épreuve que vous aviez traversée et du sang versé sur son sol : ce calvaire, ces balles qui vous ont marquée dans votre chair nous obligent. La France n’abandonne pas les siens, la France n’abandonne pas ses amis. C’est la promesse de la devise de notre République et de la Fraternité, qu’elle porte en étendard.

Le 13 novembre 2015, il y a exactement quatre ans aujourd’hui, la France et, à travers elle, la civilisation tout entière étaient la proie d’une attaque commise par Daesh, une organisation que nous dénommons ainsi, par son acronyme arabe, car elle n’est ni un Etat, ni islamique. Cette armée terroriste, pour reprendre les mots du Premier ministre d’alors, Manuel Valls, s’en est pris lâchement à ce qui fonde l’identité de notre pays, à ce qu’il représente : sa jeunesse, sa diversité, ses lieux de vie et de culture, son art de vivre, ses principes universels qui parlent au cœur des peuples, sur tous les continents.
A l’heure où nous parlons, il y a quatre ans, Paris, la Ville Lumière, en état de choc, était plongée dans la pénombre par l’obscurantisme de l’extrémisme religieux. Ces attentats ont causé 131 morts et des centaines de blessés - 413 au total, dont trois brésiliens – vous-même, Gabriel Sepe et Diego Mauro, plus légèrement atteint.

Vous étiez attablée à la terrasse du Petit Cambodge, un restaurant asiatique d’un quartier bohème de Paris, si emblématique du cosmopolitisme de notre capitale, lorsque deux hommes dont le nom ne doit plus jamais être prononcé ont ouvert le feu sur vous, vos amis, les clients attablés du Petit Cambodge et du Carillon.

Les balles tirées ont sifflé et claqué autour de vous, les corps sont tombés…

Avez-vous compris sur le moment ?
Sans doute avez-vous senti l’odeur de la poudre, entendu les cris,
Sans doute avez-vous ressenti dans votre chair la douleur des balles qui vous frappaient,
Sans doute ne vous êtes-vous pas rendue compte que de votre corps vous avez fait écran pour protéger les autres.
Sans doute ces moments vous ont-ils paru durer une éternité.
Ne prolongeons pas davantage leur souvenir douloureux.

Ce qui marque ceux qui ont suivi votre récupération, Chère Camila, c’est votre force de caractère, c’est la gratitude que vous avez exprimée pour les soignants, les amis, pour votre famille qui s’est immédiatement rendue à votre chevet. Et puis il y a ces mots : « le pouvoir de la vie triomphe toujours » avez-vous lancé depuis votre lit d’hôpital à La Pitié Salpêtrière, dans un émouvant communiqué, admirable défi à ceux qui ont fait leur credo nihiliste de la mort et de la terreur.

Par ces mots, chère Camila, vous avez manifesté une résilience qui vous fait honneur et force l’admiration. Ces mots doivent demeurer une inspiration pour ceux qui mènent le combat contre un terrorisme dont l’objectif principal est de faire basculer la civilisation dans la barbarie : notre réponse, aussi ferme et déterminée soit-elle, s’inscrit ainsi dans le cadre des droits de l’Homme et du droit international humanitaire. Que cherchent les terroristes sinon à attiser les haines, la soif de vengeance, les divisions entre communauté ? Ils souhaitent que nous devenions comme eux. Comme l’a écrit dans son message aux barbares Antoine Leiris, dont l’épouse est tombée sous les balles le 13 novembre, « vous n’aurez pas ma haine ».

Le combat contre le terrorisme engagé par la France est donc mené avec cette préoccupation constante, celle de se défendre de manière proportionnée, avec la conviction que s’il est indispensable de se défendre, il n’existe toutefois pas de solution strictement militaire aux conflits qui ont engendré l’hydre terroriste qui a manqué de vous emporter. Aujourd’hui, Daesh n’est plus que l’ombre de ce qu’elle fut, mais elle demeure une menace capable de surgir en tout lieu. Plus que jamais, la communauté internationale doit assumer ses responsabilités et tout faire pour qu’une réponse collective et politique s’impose aux conflits qui sévissent du Sahel à l’Afghanistan.

Nous savons que le combat contre le terrorisme n’est pas seulement le combat de la France. C’est le combat de la civilisation tout entière car les terroristes se jouent des frontières. Ils ont frappé sans discernement à Paris, à Bruxelles, à Copenhague, comme ils ont frappé aussi à Buenos Aires, à Bali, à Nairobi, à New York, à Tunis. Aucun pays n’est à l’abri et la réponse à la menace doit être collective.

Chère Camila,
Nous avons une raison de nous réjouir ce soir : celle de vous avoir auprès de nous, forte de vos convictions généreuses et humanistes, imprégnées d’un universalisme qui est la marque de la société à laquelle nous aspirons tous pour le Brésil, pour la France comme pour l’ensemble des Nations. En restant debout, vous êtes devenue un exemple, un symbole de résilience que le président de la République française a souhaité honorer. Vous avez fait briller, chère Camila, l’une de ces milliers de petites lumières qui, dans la nuit, nous montrent le chemin.

La France vous adresse ce soir l’expression de sa gratitude et du lien fraternel qui nous unit désormais pour toujours.

Camila Issa, au nom du Président de la République, nous vous remettons la Médaille nationale de reconnaissance aux victimes du terrorisme.

publié le 18/11/2019

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